Méthodologie du débat

Publié le par REM

Essai : « De la non-violence dans le débat moderne, déclaration d’intention et méthodologie »
par Armand Mamy RAHAGA

1 - Le but : contribuer à la construction d’une démocratie d’actualité en commençant par la libération de la parole et de l’écoute.

Ce texte veut être à la fois une déclaration d’intention et une proposition de règles éthiques et techniques qui permettraient de sortir les débats des pièges du politiquement correct, du consensus, de la langue de bois et du conformisme. Il est urgent que les débats retrouvent leur rôle de vecteurs d’échange et de lien social.


Notre intention est de réfléchir à la réactivation d’un débat citoyen, voué à confronter pacifiquement et sans concession les opinions les plus opposées, voué à transformer la diversité en richesse et en force.

Ce texte veut amorcer l’avènement d’une citoyenneté vivante et engagée, dans une société où les actes de force et de violence ne remplacent que trop le dialogue et la circulation de la parole.

Il veut faire converger idéalisme et pragmatisme afin d’apporter sa contribution à l’évolution de notre pays. A cette fin il veut mettre en place la libération de toutes les paroles, l’écoute et la discussion pour que la notion de peuple retrouve sa vraie signification. Un peuple est uni par une même culture, la foule est unie par l’émotionnel et la masse est unie par la même aliénation…

Ce texte veut donc s’inscrire délibérément dans une démarche culturelle.

La méthode doit être accordée au but

Une démarche durable n’est possible que si la méthode est accordée au but. L’adage « la fin justifie les moyens » relève d’une vue à court terme. Quelles que soient les difficultés supplémentaires qu’occasionnerait ce choix éthique, l’effort portera sur la mise concordance des moyens et de la fin. Nous voulons ainsi implanter l’acte de démocratie à notre niveau, car l’acte démocratique doit être présent à tous les niveaux.

La place publique : lieu de civilisation mais lieu de tous les dangers

L’agora ( le forum chez les romains ainsi que sur internet ), par fonction, est un lieu de pouvoir donc le lieu de tous les dangers. Paradoxalement, cœur de la république (res publica : la chose publique), l’agora est aussi un lieu de violence et de danger.. Quelques exemples :
- César y trouva la mort…
- Le grand général grec Démosthène avait compris cette dimension guerrière de la parole publique ; conscient de ses faiblesses et en bon guerrier, il s’entraînait à l’art oratoire face à la mer, des petits galets dans la bouche.
- L’agora était bien le lieu où l’on votait, à Athènes, l’exclusion de citoyens : l’ostracisme ; c’est le lieu où Socrate a été condamné à mort.
- Le philosophe Aristote est connu pour avoir dégagé la pensée et la parole de la rhétorique des sophistes pour en faire un outil de connaissance…
- Prudents, les malgaches délèguent la charge et les aléas de la parole (olan-teny) aux aînés, quitte à souffrir sous le poids rassurant et bien identifiable des bagages (olan-entana).

Evaluer les risques et dégager des postures

En ce qui nous concerne, nous voulons créer ensemble un espace de débat. Ce faisant, nous nous exposons forcément aux risques liés à la prise de parole et nous nous mettons face à un choix éthique :
- ou bien fonctionner avec une parole qui vise le pouvoir sur les autres par la rhétorique, les sophismes, la mauvaise foi, la langue de bois et pour finir la violence, bref la violence politique.
- ou bien faire de la prise de parole et de l’écoute les instruments du « vivre ensemble » (miara monina, miara miaina) dans la paix, le partage, le progrès et la liberté.
Le fait de choisir ne suffira pas, il faudra de la part de chacun de la vigilance et de la détermination car nous sommes des humains et l’égoïsme, la violence et la mauvaise foi tenteront de détourner la parole chaque fois que nous baisserons la garde. En fin de compte, par nos faiblesses nous sommes nous-mêmes nos propres ennemis.

La parole publique et la civilisation

Des règles éthiques et techniques sont nécessaires pour transformer une relation violente et dangereuse par essence en une relation d’échange et d’enrichissement mutuel ( comme cela s’est fait dans la culture japonaise quand les technique guerrières – jutsu - ont été transmutées en techniques d’accomplissement de soi – do -) car cela ne saurait se faire par simple glissement. Poser ces règles et vouloir les respecter c’est le premier acte de civilisation car il trace des frontières là où il n’y en avait pas. De même, en dressant les murs de la cité, les grecs anciens traçaient symboliquement la frontière qui les tenait en-deçà de la barbarie. Un exemple portant le même sens : un usage répandu à Madagascar qui veut que le sanglier (lambo) tué à la chasse n’entre dans le village que découpé (fady). Le découpage et le partage sont les marques apposées par la civilisation sur le sauvage. L’animal non découpé garde le pouvoir maléfique du sauvage et peut apporter le malheur au village (mampidi-doza). Encore un autre exemple : on ne franchit la frontière de la cité dans l’autre sens, en pénétrant dans la forêt, que protégé par la bénédiction des anciens (la parole civilisée)…

Nous les malgaches, nous voulons aujourd’hui mettre un terme au cercle vicieux qui met à mal notre patrie depuis trop longtemps. Nous voulons à cette fin commencer par la réactivation de la culture du débat. Nous sommes mis en demeure d’inventer une pratique de la civilisation conforme aux exigences de notre temps où, face à l’augmentation de la population de la planète et à la limitation des surfaces et des ressources, il faudra bien apprendre à « vivre ensemble autrement » si nous ne voulons pas que ça finisse dans le massacre des faibles et pour finir, la destruction de l’humanité. Rien que ça !

Créer un lieu de débat c’est créer un lieu de rencontre, un lieu d’échange, un lieu du « vivre ensemble », à ne pas confondre avec un lieu de promiscuité qui lui ne peut produire que troubles et violences. La création d’un lieu de débat est le remède aux méfaits de la promiscuité. Cette création est porteuse d’espérance, c’est un but en soi. A travers le débat, chaque participant peut s’attendre à être grandi et enrichi par les autres s’il sait « se rendre à la raison » car la reddition en l’occurrence est une victoire mutuelle, un gain identitaire…« Faire entendre raison » n’est la victoire de personne en particulier mais celle de tous. La synergie ainsi dégagée vérifie cette règle qui veut que le total soit supérieur à la somme des composantes. Un changement qualitatif a été provoqué. Le « vivre ensemble » apporte désormais satisfaction, le voisin n’est plus un ennemi potentiel mais un concitoyen, aussi vrai qu’on n’est pas citoyen tout seul mais qu’on est obligatoirement le concitoyen d’un autre. On construit avec lui la civilisation.

L’apprentissage du débat comme apprentissage de la démocratie.

Bien sûr on peut choisir de prendre l’agora pour un lieu où l’on peut briller devant les autres, tenter de les galvaniser et de les embarquer dans son sillage mais ce n’est pas le but de notre action.
Il s’agit pour nous de créer un groupe capable, ensemble, d’accepter tout le monde, de tout envisager, de tout entendre, de tout dire et de tout penser sans produire d’échauffement mais au contraire de la fluidité afin qu’émergent des idées nouvelles. C’est bien d’idées nouvelles que la planète a besoin dans un monde saturé et en bout de course où la culture dominante, celle du consumérisme, montre ses limites. Par la pratique et l’apprentissage du débat nous pouvons devenir meilleurs citoyens tout en dégageant pas à pas de nouveaux horizons. C’est en travaillant à être meilleurs citoyens que nous pouvons faire émerger de nos rangs de meilleurs dirigeants. Le travail commence au niveau de chacun d’entre nous…

Charité bien ordonnée commence par soi-même : la redécouverte du respect.

Avant d’envisager de changer le monde nous avons d’abord à agir dans le domaine où nous sommes sûrs d’être efficace : nous-mêmes (charité bien ordonnée commence par soi-même). Nous ne pouvons changer le monde qu’en fonction de notre propre image (rejet, compensation ou imitation). Tout doit donc commencer par notre propre remise en question. Cette remise en question est l’essence même du fonctionnement de l’agora où c’est la parole des autres qui remet en question. La remise en question de soi nous place dans une logique d’évolution au contact des autres mais cette évolution ne se passe pas naturellement, il faut des règles et de la volonté :
- La parole doit donc être respectée quelles qu’en soient ses imperfections,
- elle doit aussi être proférée avec respect,
- elle doit être considérée comme sacrée (hasina et haja). Pour l’âme malgache le respect est ce qui est dû au sacré. Respecter c’est s’interdire (fady) de désacraliser car désacraliser c’est tuer le pouvoir spirituel de l’autre (maty hasina). Le sens malgache vient enrichir le sens latin de respectare.
- L’écoute doit être respectueuse et respectée. La personne qui se tait et écoute ne doit pas être suspectée d’imbécillité a priori.

Réinventer la démocratie à partir du respect, de l’amour et de la raison.

Nous n’aurons aucune réticence à faire intervenir une personne plus compétente chaque fois que cela sera nécessaire car nous ne sommes pas savants en tout et notre démarche de prise de parole commence par le silence et l’écoute. En revanche, nous savons nous rendre à la raison sans frustration identitaire car nos opinions ne sont pas nos identités. L’opinion a vocation à changer, c’est le principe même de fonctionnement du débat républicain (res publica : la chose publique). Nous savons aussi que seul le fonctionnement démocratique peut mettre le pays à l’abri du déferlement des sentiments, des affects et de la violence. Dans notre petite sphère nous voulons apprendre à avoir raison ensemble et non les uns contre les autres.

Quand nous parlons de raison, nous assumons fortement notre humanité et nous n’oublions surtout pas les mots de Pascal : « Le cœur a ses raisons que la raison ignore ». Nous avons un devoir d’humanité, par conséquent nous devons garder une attention particulière en direction de la raison du cœur afin que la patience, le pardon et l’amour soient possibles, et afin de nous garder de l’élitisme intellectuel. L’intellectuel ne doit pas oublier que son rôle social est d’être au service du peuple dont il émane. Cette mission est impossible sans le cœur ; la relation au peuple est affaire d’amour et non de raison ou d’intérêt. La raison sans le cœur n’est que source de sècheresse.

Pour les malgaches le respect est lié au sacré, le respect sacralise.

La dimension du respect (Le haja et son corollaire malgache le hasina : le sacré), du « regarder à nouveau » et du « donner de la considération » (comme l’enseigne l’étymologie du mot latin respectare ), est l’huile qui permet à la machine « liberté-responsabilité-eng
agement » de fonctionner. Sans le respect il ne peut y avoir de dynamique démocratique et citoyenne. La démocratie héritée des Grecs et des « Lumières » montre aujourd’hui ses limites. Notre initiative consiste à redéfinir la démocratie malgache afin de dégager l’avenir. L’homme du futur immédiat se doit d’exercer différemment la démocratie en s’inspirant de toutes les cultures (cf les démarches de Claude Lévi Strauss et de Philippe Descola).

La mauvaise pente naturelle de la démocratie est la démagogie. La démagogie creuse la pente qui mène à la tyrannie. Conscients de bâtir, nous devons garder cela à l’esprit sous peine de nous retrouver cloisonnés dans une tour de Babel.

Le temps de l’analyse avant le temps de l’action.

A ce stade de balbutiement, nous n’avons surtout pas à nous précipiter prématurément dans l’action tête baissée sous prétexte qu’il y a urgence. N’oublions pas que les mêmes causes produisent les mêmes effets… Il faut commencer par analyser et changer les causes profondes. Nous sommes plus efficaces et plus utiles en prenant le recul du temps de la réflexion. Nous avons à mener une réflexion fondamentale afin de préparer le terrain de l’engagement, en mettant les bons outils à leur disposition. Nous avons vocation à la réconciliation, à l’ouverture et à l’anticipation. A ce titre nous avons un devoir de vision.

2- La méthode : une posture de patience, de bienveillance et de détermination.

La posture de patience, de bienveillance et de détermination doit marquer de son empreinte les pensées, les paroles et les actions. Une telle posture permet de concilier exigence, facteur temps et facteur humain. Elle rend possible un engagement total mais non-violent. Elle permet de faire avec l’imperfection en misant sur la perfectibilité. Elle recentre l’action sur le sujet agissant qui ne cède plus à la tentation de dissoudre ou de transférer les responsabilités. Elle le rend meilleur homme. Elle renforce son identité.
C’est une posture qui vise à générer force, souplesse, créativité responsabilité et liberté.

La patience. La patience évite la précipitation et donne du temps au temps sans faire tomber le but dans l’oubli. Faible, la patience glisse vers l’oubli. Forte, elle transforme le temps en atout. Humainement la patience est mère du pardon, elle permet de prendre l’autre comme il est et non comme on voudrait qu’il soit. Elle permet l’écoute et la relation vraies. Elle donne du temps à la transformation et au changement. Elle est la base du « vivre ensemble ».

La bienveillance. La bienveillance arrondit les angles et éteint les velléités de violence. C’est l’engagement du cœur sans lequel rien de durable ne peut être entrepris. La bienveillance est le complément de la patience. Elle nous garde de la misanthropie.

La détermination. La détermination est l’engagement de la volonté sur le long terme. Le long terme ôte à la volonté sa soudaineté et sa dureté. Il l’assouplit et l’étire. La détermination est une volonté qui ne perd pas de vue son but quels que soient les obstacles. La détermination est habitée par la fidélité à l’idéal, elle est une arme de survie.



3 - Deux formes de débat: le forum et la réflexion de fond.

- Le forum : de l’opinion à la pensée citoyenne

Chacun intervient selon son ressenti.

La libération de l’expression d’opinions prime sur la raison (il ne s’agit pas d’avoir raison ou de donner tort). Le forum sert à dégeler l’affirmation d’opinion et la faire s’écouler. C’est ensuite seulement qu’émergerons ce que nous recherchons : les vrais sujets de débat et la pensée citoyenne. L’erreur consiste le plus souvent à interrompre ce flux pour polémiquer en rond sur des contenus inachevés et qui tirent vers le bas, vers la violence verbale, la susceptibilité, l’agression et la lâcheté du consensus. C’est le comble de la stérilité en démocratie.

Dégeler l’affirmation d’opinions.

L’opinion - qui est de l’ordre de la profération - doit être fluidifiée pour se débarrasser de sa nature violente, accepter d’être déformée par d’autres opinions et se mélanger à elles pour devenir de la pensée. Elle doit perdre sa raideur et son agressivité. Elle doit être brisée, écrouie, articulée, et assouplie par la contradiction et cela ne peut se faire que par le consentement mutuel, pacifique mais sans concession, des « débateurs ». Ce consentement mutuel est un choix éthique préalable. En résumé, le forum sert à dégeler l’affirmation d’opinion pour faire émerger à terme de vrais sujets de débat et libérer les eaux de la pensée citoyenne.

Laisser couler et ensuite tirer vers le haut.

Les choses commencent en bas et c’est normal ; reste ensuite à les élever progressivement. Les interventions sont libres et plus ou moins à chaud. Elles ne sont pas très construites mais peuvent cacher de vrais sujets. C’est alors que se produisent affrontements, échauffements, polémiques et attaques personnelles, bref, la crise. Il s’agit alors de fluidifier les échanges en se référant aux valeurs qui ont été exposées précédemment. La crise est identifiée positivement (c’est un principe) par tous, y compris par ceux qui se trouvent impliqués, comme le signe de la possibilité d’un passage à l’étage supérieur. Elle n’est pas esquivée, on lui applique la technique de la reformulation (le groupe essaie ensemble de dire les choses autrement sous un autre angle, pour passer l’obstacle) ou de la maïeutique (questionnement).

Le cliquet de non-retour.

Lorsqu’on ferre un sujet qui mérite un réel travail d’approfondissement, le traitement se fera dans un cadre plus approprié. Ce qui est recherché c’est une technique de non-violence active et féconde qui fait l’économie du refoulement et de la censure. Chaque fois que le débat est sorti d’une impasse, un cliquet de non-retour est mis pour éviter de rechuter ou de tourner en rond. « Le cliquet de non-retour » est un acte par lequel un acquis, à un moment donné des débats, est reconnu comme tel. Il ne s’agit plus de revenir dessus. « Le cliquet de non-retour » sert de tremplin à la suite des débats. Le cliquet de non-retour est une technique pour acter un acquis (et non pour verrouiller la pensée) et pour élever progressivement le débat. Cet acquis est un nouveau point de départ. Il permet d’éviter la rechute dans le cercle vicieux du débat qui tourne en rond et qui est condamné à s’interrompre par usure ou par exaspération. La sortie du cercle vicieux est une spirale vers le haut. Enfin, un procès verbal - ou une main courante - est établi en vue d’exploitations ultérieures.

- La réflexion de fond.

Produire des documents étayés et rigoureux.

Il s’agit du travail d’approfondissement dans le cadre approprié dont nous parlions plus haut. Le sujet du travail peut émaner du forum, il peut provenir d’une initiative personnelle, il peut être l’objet d’une commande auprès d’instances compétentes. Cette fois-ci l’intervenant sort du style spontané du forum pour produire un document travaillé (les documents en interne sont sujets de débat, à distinguer des documents en externe qui sont de l’ordre de la communication).
Ce document sera l’occasion, pour ceux qui sont sensibles à la problématique soulevée, de réagir au sujet.
Ces réactions font suite à de vraies réflexions. La formulation rigoureuse et courtoise en est la marque. Une vraie réflexion de fond (le contraire de l’aspect spontané et association libre d’un forum) n’est possible qu’en partant de tels documents.
La réflexion de fond est bien le contraire de la réaction à chaud et chargée d’affect qui n’a pas sa place dans le travail sur documents.

Le respect, une valeur à réactiver

Les questions se doivent d’être respectueuses (ce qui n’empêche pas la rigueur). Une question respectueuse est une question que son auteur a reconsidérée (reformulation) à plusieurs reprises avant de la poser.
Questions respectueuses et auto-régulation par le respect sont les signes qu’une culture du respect, condition sine qua non de la civilisation, est constituée au sein du groupe. La constitution d’une telle culture est la seule alternative à l’application pure et simple du pouvoir… Le respect est un garde-fou aux dérives du pouvoir.

Les critiques respectueuses mais sans concessions donneront à l’auteur du document l’occasion de hausser sa soutenance. A l’issue des débats « un cliquet de non-retour » pourra être mis.

Rappelons que « le cliquet de non-retour » est non pas destiné à verrouiller la pensée (chacun a la liberté d’opérer une déconstruction et une proposition autant de fois qu’il en ressent le besoin) mais à élever les débats. Elever les débats débouche sur des solutions et fait mécaniquement disparaître la violence. Quand les débats s’abaissent, la violence re-pointe le nez….Avec « le cliquet de non-retour », si le besoin de retour en arrière se présente il devra se passer selon un nouvel angle d’attaque (la notion de « fait nouveau »), promesse de nouveauté.

La question respectueuse est une technique de non-violence active dans un débat. La poser comme principe permet à tout un chacun de s’auto-évaluer et d’évaluer les situations en fonction d’un principe clair et distinct. Sans ce principe, le sujet risque à tout moment de se trouver engagé dans une polémique stérile qu’il n’a pas désiré. Il lui permet de détecter le seuil à ne pas dépasser.

Les documents ainsi rédigés seront mis à disposition et considérés comme patrimoine intellectuel. Ils seront publiés aussi largement que possible et pourront être traduits en français et en malgache et, à terme, compilés dans un livre.


4 - Autres aspects techniques

Rôle du modérateur :

Le modérateur a la charge de faire circuler la parole en cas de stagnation ou de monopolisation. Il intervient donc sur la forme (la méthode et la déontologie), en évitant d’intervenir sur le fond. Le modérateur est là pour libérer la parole et la faire tourner. Il a la charge de sortir le flux de la parole des cercles vicieux de la violence verbale et de la polémique stérile. Il est celui qui est le plus à même d’appliquer la maïeutique pour conduire de l’opinion à la pensée mais chaque participant peut aussi le faire.

La maïeutique :

Il s’agit d’une méthode héritée de Socrate qui consiste non pas à argumenter une opinion contradictoire mais à questionner une opinion pleine de conviction et à questionner la réponse. Ainsi de suite, pour en arriver à une prise de conscience raffinée et réajustée par le filtre du questionnement.

Ecoute et aide mutuelle à la prise de parole :

Si la maïeutique permet le passage de l’opinion à un début de pensée dans le cas d’opinons énoncées avec clarté et conviction, l’écoute et l’aide à la prise de parole constituent la méthode à appliquer aux formulations timides et hésitantes. Dans ce cas, il s’agit d’aider à la formulation par une action collective placée sous le signe du cœur. Elle est appliquée même et surtout quand on est face à une opinion contradictoire et facile à démanteler. Le but n’est pas une victoire dialectique mais l’avènement de la prise de conscience et de la pensée. Il ne s’agit surtout pas d’assommer le débat. Un débat ambitieux a besoin de l’opinion de tous, même de celle des maladroits… Ne perdons jamais de vue que la société est variée et, comme en biologie, c’est de cette variété qu’elle tient sa capacité d’adaptation et de survie. Il n’y a pas de jugement moral à porter sur la variété même si elle peut être gênante. Il faut absolument faire avec.

Armand MAMY-RAHAGA - Rognes 2009-03-21

Publié dans Origine & fondement

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article