Hegel - "Le grand homme"

Publié le par REM

Hegel - "Le grand homme"
Hegel, La raison dans l’histoire. Ed. Plon pp. 123 – 124
commenté par Armand Mamy Rahaga

Résumé :

Hegel explique le fonctionnement social (vis-à-vis de leurs concitoyens) et historique (vis-à-vis de l’histoire) des grands hommes qu’il appelle des « conducteurs d’âmes ».
A l’encontre de l’homme du commun qui fonctionne dans le négatif (il sait éventuellement ce qu’il ne veut pas), le grand homme fonctionne dans l’affirmatif (il sait ce qu’il veut).
Le grand homme propose en vérité un but qui est déjà chez l’homme du commun mais que celui-ci ne peut ni formuler ni formaliser. C’est la raison pour laquelle le peuple le suit car il leur propose leurs propres aspirations même si celles-ci sont inconscientes. Ce but commun dont le grand homme est le prophète est tout simplement la Raison qui se manifeste dans l’Histoire. Hegel l’appelle « l’Esprit universel ». L’Histoire est la marche en avant de « l’Esprit universel ».
La satisfaction du grand homme se trouve dans l’accomplissement du but historique auquel il est voué. Ce but atteint, il s’éteint et ne connaît pas la jouissance paisible.


Citations :

« Car l’Esprit en marche vers une nouvelle forme est l’âme interne de tous les individus ; il est leur intériorité inconsciente, que les grands hommes porterons à la conscience »

« […] s’ils suivent ces conducteurs d’âmes c’est parce qu’ils y sentent la puissance irrésistible de leur propre esprit intérieur venant à leur rencontre. »

« Ce n’est pas le bonheur qu’ils ont choisi, mais la peine, le combat et le travail pour leur but. »

Leur but atteint, ils sont tombés comme des douilles vides. »

« Ils n’ont rien gagné d’autre ; ils n’ont pas connu la jouissance paisible. »


Critique dans la perspective des Sciences de l’éducation (accompagnement individuel et collectif) :

Cette réflexion de Hegel sur « les conducteurs d’âmes », les psychagogues, est extrêmement utile pour qui veut réfléchir sur l’accompagnement. En effet il s’agit, la psychagogie et l’accompagnement étant concomitants, de les articuler entre eux afin de pouvoir de dégager leurs différences, leurs similarités et les échangent qui se déroulent à leurs frontières.
Cette articulation permet aussi de détecter avec précision dérives et bifurcations dans la conception de la relation à l’autre qu’on est amené à construire dans le cadre du coaching. En ce qui concerne nos préoccupations le bénéfice se trouve dans la possibilité d’analyser le principe du « vato nasandratry ny tany, trafo nasondroty ny nofo », analyse que peuvent pratiquer aussi bien le citoyen que celui qui brigue le pouvoir.

La description de Hegel se rapproche de celle de l’expert : « celui qui a la maîtrise ». L’accompagnateur quant à lui, se situe dans une trajectoire de découverte et de surprise. Pour lui ce qui est à découvrir sera surprenante et ne sera découvert c’est-à-dire amené à la conscience (aussi bien pour l’accompagnateur que l’accompagné), qu’au bout d’un trajet de questionnement déstabilisant ; déstabilisant car seul le déséquilibre produit par la déstabilisation permet la marche en avant, « l’Esprit en marche vers une nouvelle forme » dit Hegel. Le changement est porteur de peur et c’est justement dans la transfiguration de cette peur que s’accomplit l’accompagnement, c’est son terrain. La peur doit être réelle. Le questionnement personnel qui en résulte doit lui être proportionnel en sincérité et en intensité pour que le déséquilibre soit une avancée, une invention, et non une chute ou une sclérose.

Le chef d’état doit jouer à la fois le rôle de l’expert et celui de l’accompagnateur. Pour cela une écoute constante du peuple lui est vitale, ainsi que l’assurance de sa vision intérieure. Il devra trouver le rythme juste pour accorder écoute et vision sous peine de dérives (essentiellement vers la tyrannie) dont les exemples historiques ne manquent pas. L’écoute et la vision ont une tendance naturelle à se repousser l’un l’autre, les tresser ensemble pour créer un tissu solide, utile et beau est tout l’art de gouverner.

Notons enfin que pour Hegel le grand homme ne se satisfait pas dans le bonheur personnel (« la jouissance paisible ») mais dans l’accomplissement de sa charge. En clair, l’enrichissement personnel et l’exercice du pouvoir pour son bonheur personnel ne concernent pas l’authentique Grand Homme dont le but est de donner du sens à sa communauté. Le Grand Homme sert mais ne se sert pas.

Armand Mamy Rahaga 08/2009

Publié dans Politique

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